jeudi 28 octobre 2021

About my dog

-T'es pas passée par la plaine ?
- Non il y avait le type avec son cheval invisible et elle lui aboie toujours dessus.
- C'est marrant que tu dises "cheval invisible" et pas "cheval imaginaire"
- Je lui laisse le bénéfice du doute.


Elle s'appelle comment déjà votre chienne ? Attendez c'est peut-être sur votre page Wikipédia


(non)


- Pourquoi elle aboie comme ça sur des gens?
- Elle déteste les gens différents. Heureusement, elle n'a pas le droit de vote.


- Comment vous vous sentez ?
- Pas ouf.
- Mais vous avez envie de vous suicider?
- Bof.
- ...
- De toute façon avec mon chien je peux pas.
- J'adore ce chien


(moi aussi)


dimanche 6 mars 2016

Le prénom des jours

Après une nuit passée dans un rêve unique et fou, joyeux et terrible, je voulais faire quelque chose de bien de ma journée. J'avais fait une petite liste de choses à faire dehors.
Dehors: cet ennemi.
Mais le ciel noir et bleu, bataille des dieux, était d'une beauté infernale. J'avais presque envie de sortir. Et des choses à faire, donc, alignées griffonnées sur un bout de papier.

Mais, idiote, je me suis heurtée aux rideaux de fer du dimanche.
Stupide fillette qui du fond de sa caverne oublie petit à petit l'existence des jours.

Deux mois maintenant qu'on pourrait très bien être tout le temps jeudi, ou mardi ou un autre nom qu'on inventerait.
Les heures ce n'est pas mieux, le sommeil vient n'importe quand et repart trop longtemps, snobe les médicaments et s'engouffre dans les après-midi alors qu'on voudrait regarder tomber la neige. Ce n'est pas grave.
Ce temps m'est offert pour me réparer.
Alors, mon cerveau et moi, on bricole.


Comme le zoo se fiche du dimanche je vais voir pour la millième fois les animaux qui me réconfortent d'un seul mouvement de patte, de bec, de museau doux.

Joliesse des jaguars.
Joie jaune et noire.

Parfois devant leur beauté je me rends compte que j'ai arrêté de respirer.


En rentrant je casse ma dernière lampe et je me fais mal avec les morceaux.
Je ne sais pas pourquoi, mais je prends une photo de la coupure.
Et puis je la couvre de deux pansements, en croix, comme une blessure de dessin animé.

Je suis très maladroite et remplie de vertiges ces derniers temps. Ce n'est pas désagréable.

Je caresse Arthur le piano, je lui dis que je reviens, et puis j'oublie, et puis je suis fatiguée et puis je dors et puis je me réveille alors que d'autres se couchent, et je n'ai pas de lumière.

Demain, puisque ce sera lundi, j'irai acheter des ampoules pour redonner des ombres à ma caverne.
J'irai déjeuner avec des amis pour lui redonner des couleurs.
Je retournerai peut-être me coller contre la vitre des lions, entre trouille et tendresse.

Et puis j'oublierai de nouveau le prénom des jours, et je reprendrai mes petits outils pour me construire un peu moins bancale.






mercredi 6 janvier 2016

Seize

Gros nuages joufflus et coins de ciel bleu, températures au-dessus des normales, et l’humeur, par contre, qui rime avec janvier.
Je regarde le poisson rouge du Cube, qui semble tous les jours chercher la sortie de son cube à lui, tous les jours il essaie, et tous les jours ils se cogne. Il réessaiera encore demain et tous les jours d’après. Ça pourrait me rendre triste.

Je ne sais pas si je suis triste cette année. Evidemment ces derniers mois, je l’ai été, très, j’ai été très bas, très loin, très profond dans le noir.
J’ai été loin dans la peur et dans les angoisses.
Mais j’ai une Caroline qui m’écoute et me parle deux fois par semaine maintenant. Et un autre qui m’écoute et me parle moins, mais qui signe des ordonnances. Les médicaments pour aider à vivre.

Swan a eu un petit garçon. Elle n’arrive pas à l’aimer comme il faut. Ce sont des choses qui arrivent.
Parfois je la plains, parfois je lui en veux.
Quel âge aurait l’enfant aujourd’hui? Parfois j’y pense et parfois pas. Heureusement.

Cette nouvelle année ne peut pas être pire que la précédente.

Même si, en 2015 : j’ai pris l’avion et j’ai vu l’Italie.
J’ai passé Noël sur une île, seule et heureuse, presque.

Si beau, l’ocre et le bleu, le noir des roches et le bruit de la mer.
Le son de la solitude.

Ce petit lapin vivant, puis, plus loin, ce petit lapin mort.
J’ai cueilli une fleur jaune et je l’ai posée sur sa fourrure. C’était le jour de noël.
Le parfum de la solitude.

Je n’ai pas recommencé à écrire.
Ou alors je n’ai jamais arrêté.
Je ne suis pas retombée amoureuse.
Ou alors.



lundi 24 août 2015

La confiance

Juste sous ma fenêtre au Cube, un lampadaire. Cet arbre à côté, que je vois grandir depuis des années, mourir chaque hiver, renaître chaque printemps. Il me redonne la foi quand j’en manque en me montrant du doigt : l’univers.

Depuis ce matin, je regarde ce couple de gros pigeons ramiers mouillés par la pluie d’août se serrer sur une branche de l’arbre, plongeant de temps en temps la tête dans leurs plumes pour se nettoyer. Leur duvet a l’air moelleux. Je suis d’humeur à habiter sous leurs ailes. Bercée par la tempête. Entourée de douceur.

Un autre pigeon se pose sur le lampadaire. Le mâle aussitôt descend lui montrer qu’il est chez lui. A grands coups d’ailes. Un combat des chefs. Puis, vainqueur, il retourne sur l’arbre, mais pas sur sa branche. Plus bas.
La femelle s’est assoupie toute seule au-dessus. Peut-être qu’elle n’a pas besoin de l’avoir près d’elle pour savoir qu’il est là et qu’il la protègera toujours. Peut-être qu’elle n’a pas besoin d’être protégée.

Je voudrais être cet oiseau. Petits yeux clos, tête repliée sur mon dos gris, ne doutant de rien, faisant confiance à l’arbre, au vent, à la pluie, au mois d’août, et bientôt à septembre.
Faisant confiance à l’univers, absolument.




mercredi 7 janvier 2015

Quinze



Ce matin Paris a disparu dans la brume.
Il ne reste plus aucune trace de 2014.

Janvier a repris le pouvoir, engorgé de givre et de résolutions.

Dimanche dans le train pour aller voir Stéphane je fais une crise de tétanie. Je la sens venir de loin. La nausée, la peur, le corps qui lâche.
Je regarde dehors le paysage qui va vite en me disant que je suis à l’abri de tout, mais ça ne change rien.
Je respire tranquillement, mais ça ne change rien.
Le galop des fourmillements envahissent tout le corps. Je m’allonge et je perds connaissance.

A mon réveil je n’entends plus. On a mis quelque chose sous ma tête, mon manteau sur moi comme une couverture. Mes mains ne sont plus que des poings, je ne peux pas les desserrer. Quelqu’un me caresse les cheveux gentiment. Je ne sais pas qui c’est. Le train continue de rouler. Je voudrais rester longtemps comme ça, à moitié vivante mais rapide sur le monde, et cette main dans mes cheveux.
Quand je finis par entendre quelque chose, c’est la voix de la personne qui me protège. C’est une jeune femme. Elle me dit que tout va bien se passer. Elle est si sûre d’elle que je la crois. Je garde les yeux fermés. Je veux rester comme ça. Longtemps. Toujours. Que tout se passe bien. Longtemps. Toujours.

Quand le train arrive à destination, je vais mieux, et Stéphane m’emmène lancer du pain au canards.
On parle de mon livre qui sortira en avril. C’est un peu idiot sans doute mais je suis heureuse que quelque chose que j’ai créé existe vraiment. Je suis heureuse d’avoir fait ça de mes mains. - j’aurais dû être menuisier -
Au milieu des oiseaux et de la satisfaction, j’oublie l’angoisse du corps un moment. Un petit moment.



L’autre jour Honorine m’écrit "Tu es à part dans le monde des humains".
Caroline hier soir me dit quelque chose qui y ressemble.
Je ne sais pas si c’est une bonne nouvelle.

J’en veux aux médicaments car ils fonctionnent. J’en veux aux médicaments car je n’ai plus peur de grand-chose, mais quand je vais devoir les arrêter, qui de moi ou de la petite fille de huit ans reprendra le pouvoir ?

L’une pleine de résolutions, l’autre couverte de givre.



jeudi 18 décembre 2014

L'espoir


Cette fille que je ne connais pas et qui m'écrit qu'un garçon vient de la quitter brutalement après dix-huit mois d'amour.
Elle m'explique qu'elle lui a envoyé mon premier roman, et qu'elle en a souligné des phrases.
Juste ça.
Avec l'espoir que ce garçon revienne.


lundi 15 décembre 2014

Disparition de l'appétit



Quand je sors du métro un livre à la main, je m’aperçois qu’il pleut. Une bruine de décembre dans les normales saisonnières. Je protège tout de suite le livre sous mon manteau. Je ne pense pas à me protéger moi. Je n’ai pas peur de la bruine. Je préfère protéger le livre qui lui me protège de tout le reste.
Je prends le bus et j’ai la nausée.
Je n’ai plus peur du métro ni du bus depuis que je prends des cachets aux noms de super-héros qui me donnent le courage d’affronter les gens mais qui me donnent en prime : la nausée.

Je n’ai plus d’appétit pour rien. Même les verres d’eau je les avale comme des médicaments parce que je sais que c’est important. Je ne veux pas mourir. Caroline parle toujours de mon incroyable pulsion de vie. Je ne sais pas où elle voit ça en moi. Mais je l’écoute avec attention, bienveillance. Elle fait de même. C’est une thérapie.
J’avale aussi de grandes tasses de thé à la menthe qui est la seule chose qui ne me dégoûte pas d’avance.
Je suis fatiguée tout le temps dans le corps, épuisée des muscles, des tendons, des doigts, des paupières, et mon cerveau au contraire pétille et s’agite comme un bal des pompiers. Ils ne se mettent pas d’accord alors parfois je dors trois heures, parfois trente.
Au Cube tous me regardent avec je ne sais quoi de compassion je ne sais quoi de condescendance, parce que le bruit court que je peux fondre en larmes à n’importe quel moment.
C’est vrai. Je n’avais pas pleuré depuis des mois, il faut bien rattraper toutes les émotions cachées profond si longtemps. Alors oui, parfois, elles ont un mauvais timing.

Ce matin j’arrive en retard et le Troupeau a couvert mon bureau de paquets cadeaux, tous contiennent des choses à manger que je ne mangerai pas mais je dis merci pour les paquets, merci pour les papiers brillants, merci pour la gentillesse. Le Troupeau va être là toute la semaine et chaque soir sera débordant de mondanités et de nourriture que je ne pourrai pas refuser alors on va lutter contre tout ça, mes super-héros et moi, on va essayer de survivre à cette semaine-là.

Ce matin en réunion mon esprit s’évade. En ce moment comme il fait froid, je m’imagine serrer un corps fort contre moi. Parfois c’est Tigre, parfois c’est Maja. Parfois c’est juste un corps anonyme. Le powerpoint défile avec des chiffres partout dessus et moi j’imagine mon corps contre un autre corps, pas forcément nus, mais collés, aimants, doux, chauds. Des animaux qui se protègent.
J’ai désespérément besoin qu’on me protège.

Je ne suis plus amoureuse. Pour la première fois de mon existence, mon cœur ne s’élance vers personne, vers rien. Caroline dit que c’est une bonne chose, que je peux enfin penser à moi, tomber amoureuse de moi. Je l’écoute encore une fois. Je dis « oui ». Je n’y crois pas trop.

J’essaie de m’enthousiasmer, au moins, si ce n’est tomber amoureuse, alors parfois ça marche et je fais des lasagnes. Parfois ça ne marche pas et je dors trente heures pour faire des rêves qui ne me conviennent pas non plus.

Je n’ai plus d’appétit pour rien ni pour personne.
Restent les livres.



mardi 1 juillet 2014

Juillet : ses promesses, ses insectes.

J’ai rencontré Maja, je me suis coupé les cheveux, j’ai quitté Tigre.
Pas dans cet ordre.

Et nous sommes déjà en juillet.

Le ciel cherche comme toujours à me contredire.
Si seulement il n’y avait que lui.

Je "vois quelqu’un", comme on dit. Une Caroline. Elle me fait faire des exercices. Alors que je suis bloquée depuis des mois dans mon nouveau roman et que j’en souffre, elle me fait écrire sans que je m’en rende compte (la preuve).
Ça me rassure, d’avoir Caroline comme point d’ancrage chaque semaine.

Le reste du monde, pas du tout.
Tigre qui fait sa vie sans moi et moi sans lui sans qu’on se manque : ça ne me rassure pas.
Maja qui me fait trébucher alors que je pensais marcher droit : ça ne me rassure pas.
Le lexomil dans mon sac : je te raconte pas.

Juillet ne sent pour l’instant ni les cigales ni le chlore, juillet pour l’instant ne tient aucune de ses promesses.
Juillet porte un parfum de souffre et grouille de fantômes.
Juillet remplit le ventre d’insectes qu’on ne connaît pas bien.

On va lui laisser un peu de temps.
Et bosser son entomologie.




lundi 6 janvier 2014

Dans ma poche

Des clefs, un pass navigo, un paquet de mouchoir avec un seul mouchoir dedans, une bille,

trouvée devant l'église à l'enterrement de ma grand-mère ; je l'ai glissée dans ma poche en pensant forcément que d'une façon ou d'une autre, c'était son cadeau.
Je l'avais vue la veille toute belle, embaumée et entourée de fleurs au funérarium, tellement appaisée que je m'attendais à ce qu'elle se mette à respirer.
Pendant la cérémonie, je n'ai pas su faire le signe de croix, j'ai embrassé le cercueil à la place, je sais qu'elle ne m'en aurait pas voulu.
Ce n'était pas la dernière chose triste de 2013.


de la ventoline, un post-it qui me dit ce que j'ai à faire cette semaine, un coquillage,

ramassé sur la plage de Trouville le 1er janvier ; mes amis fous et joyeux en pleine tempête de sable.
C'était la première chose merveilleuse de 2014.

un demi cachet de lexomil dont je n'ai plus besoin, un vieux ticket de caisse du franprix, un téléphone portable qui vibre.

Tigre vient de m'envoyer "je t'aime" en toutes lettres, comme ça, comme si c'était évident.

Un jour lui expliquer ce creux dans le ventre qui est immense comme deux univers.

***


Après le raz-de-marée au Cube, provoqué par mon petit battement d'ailes, il faut tout reconstruire. J'ai l'impression que tout le monde est content et le fait en sifflotant.
Je sifflote aussi pour ne plus me faire remarquer.


Et j'ai commencé un nouveau livre.
Dans ce qui est pour l'instant la première phrase il y a un alligator.

Lui aussi, il est bien à l'abri au fond de ma poche.



dimanche 3 novembre 2013

Ctrl *







"vous voyez bien, c'est vide maintenant"

dit-elle.


Tout a été donné et puis tout repris.

Ctrl suppr.





lundi 2 septembre 2013

La Capitale

Paris.
Ses petites joies, ses petits ennuis.
Son asthme.
Sa climatisation.

Je suis rentrée depuis deux semaines déjà qui paraissent plusieurs siècles.

Tigre m'a rejoint cet été dans mes collines. Il a rencontré mes parents, il a vu mes endroits préférés, nous nous sommes réveillés ensemble chaque matin, nous nous sommes officialisés face à la terre entière et nous avons parlé de mille projets.


Et puis Paris.
Ses contrariétés, ses retours en arrière.

Les seuls projets que nous avons désormais sont de voler deux heures au monde par semaine et de ne pas s'en vouloir.


Paris.
Sa fatigue.
Ses moulins à vents.

Mon corps attaqué de toute part par des bactéries lutte comme il peut mais finit surtout par s'endormir partout.
Il cherche le calme.
Il cherche la peau.
Il cherche des promesses qu'on tiendrait, pour une fois.

Paris.
Ses antibiotiques.


mardi 9 juillet 2013

L'acteur américain



- Tu veux un enfant ?
- Non, il fait beaucoup trop chaud !



(ça lui apprendra à poser des questions idiotes)




A cette soirée de retrouvailles avec Tigre (j’ai l’impression qu’on ne vit que de ça : nos retrouvailles), il me présente de nouveau à son plus cher ami comme la fille qu’il aime et ça me touche profond, juste là, mais je ne dis rien, je souris, j’essaie d’être mignonne avec son plus cher ami.



Ensuite nous partageons des cigarettes avec ce très bel acteur américain, presque nus sous la chaleur de juillet.

Nous discutons et rions en deux langues rue Montorgueil, comme si nous étions de la même famille.

Un peu plus tard en cherchant un taxi je dis à Tigre "Personne ne voudra nous croire".




A propos du mail fleuve que je lui ai envoyé après la mort des mésanges, il me dit "il est vraiment magnifique, tu devrais le mettre dans ton prochain roman".
Je lui dis qu’il n’en est pas question. C’est un mail juste pour lui. Je lui rappelle qu'il ne m'a pas répondu.
Il me dit "toutes ces phrases juste pour dire au final "tu me manques"… Je n'allais pas répondre : bah oui moi aussi".


Tiger Tiger
Burning bright...




Tandis qu’au Cube l’ambiance s’effrite comme un très vieux granola, je repense aux yeux de l’acteur américain qui parcouraient ma robe, à son beau sourire qu'on ne voit d'habitude qu'au cinéma, et je me dis : J’aurais dû prendre des photos.



mardi 2 juillet 2013

Quatre mésanges dans un sac Claudie Pierlot


Ce week-end dans la maison de Swan en Normandie. Un petit havre de paix.
Ji trouve des mini mésanges tombées du nid. On les nourrit. On pense qu'elles ne passeront pas la nuit. Elles passent la nuit. Elles passent le week-end. Et voilà que je les ramène avec moi à Paris.

Quatre petits orphelins piaillant bec grand ouvert comme dans cette vieille pub pour Esso.

Yoyo face à ce boucan reste dubitative.
Ce chat gâté au Purina One a heureusement un instinct de bulot.


Ils habitent dans un pot de fleur au fond d'un sac Claudie Pierlot.

Dès que quelque chose grince dans la rue, j'ai l'impression qu'ils m'appellent.

Je les nourris d'amour et d'insectes séchés.

J'ai peur qu'ils meurent.
Pourvu que l'amour et l'eau fraîche, ça suffise aussi chez les oiseaux.











mardi 25 juin 2013

Tout bleu




- Tu m'aimes?
- Je préfère les livres.



(ça m'apprendra à poser des questions idiotes)



Quelques jours à bronzer dans le sud avec ma Sœur de cœur, mon Emma, mon oxygène.
J'ai rencontré son petit Noah tout neuf. Merveille.

Tout était bleu.


La rentrée à Paris est orageuse et compliquée, envahie de questions existentielles, et je passe plusieurs jours à jouer dans le noir avec le chat qui triche.
Et puis Tigre qui est plus ou moins là, mais quand il est là tout est bleu. Mon grand homme bleu.
Et puis ses yeux difficiles à décrire.

Ce qui m'inquiète c'est la couleur du monde quand il n'est pas là.
C'est l'attachement.
C'est tout ce qui ne brille pas.

Parfois tout est simple.
Et parfois le vernis s'écaille.
Et parfois même, c'est le ciel.




mardi 4 juin 2013

S'en remettre

Ces derniers jours, la moindre lumière perçant les nuages était accueillie comme le messie. J'en ai vu ouvrir la bouche pour recevoir le soleil plus profond (j'avoue, c'était moi).
La plupart du temps, quand même, on mettait des collants et on ne faisait pas la maline.

Mais juin est enfin là et ramène avec lui cette sensation oubliée, brûlure divine.

Bientôt les jambes nues tous les matins, on peut rêver un peu.


Avec Tigre, nous avons gentiment fêté notre anniversaire dans le sud-ouest, puis nous nous sommes violemment disputés à Paris.
On s'en remet.

On ne peut plus se passer l'un de l'autre de toute façon.

Un an ce n'est pas rien du tout.
Mais je ne sais pas quoi en penser.


Avec mes amis ce week-end au milieu des pâquerettes, une pause jaune et blanche et bleue et verte.
Et puis les jours qui de nouveau filent, le manque de sommeil. On s'en remet.
Le pollen, la gorge. On s'en remet.
Le Cube, les gens idiots, les méchants, les lourds, les bruyants. Aussi.

La cicatrice de Lou qui revient dès qu'on bronze.
Oui, oui, ça aussi.

Prendre des vitamines et regarder dehors; les corps flottants qui dansent sur fond bleu, je vais finir par leur donner des prénoms.

Je m'aperçois que les arbres ont des feuilles parce que je ne vois plus le pont.

C'est toujours comme ça.




mardi 14 mai 2013

Le printemps c'est joli pour se parler d'amour

En Bretagne, ma jolie grand-mère vit désormais dans un présent constant mêlé d'un passé éternel. Sa mémoire de quatre-vingt dix ans fait du yoyo. Elle me reconnaît quand même pour dire ensuite à mon grand-père "elle était courte sa robe" et puis elle se replonge très attentivement dans les emissions de l'après-midi.
Elle m'avait appris à jouer aux cartes et à rire de tout, elle est maintenant cette toute petite femme noyée dans un téléviseur.
Elle dit de temps en temps, à personne, pour elle-même : "je suis née en 1923" "on va se mettre à table" "faites attention sur la route".
Son anniversaire dont elle n'a pas vraiment conscience est l'occasion de se revoir tous ou presque. Ce côté de la famille qui a les yeux bleus.
On rit beaucoup. On mange beaucoup. On boit beaucoup de vin. On foule la plage de mon enfance et on monte en haut du blockhaus. On pointe du doigt le moulin dont je parle dans une de mes nouvelles. On vit dans un souvenir de grains de sable dans le goûter.

Tandis que de retour à Paris, le ciel gris gouverne un royaume de dépressifs.

Une grosse croix sur le printemps, voilà ce qu'on fait.


J'aime Tigre de tout mon corps et j'ai la trouille qu'il me plante d'un seul coup. J'ai la trouille qu'il se rende compte qu'il n'a rien à faire avec moi. J'ai la trouille qu'il en préfère une autre, une à la hauteur.
Ce sont des peurs incontrôlables et idiotes. On en a fait mille chansons qui ne nous apprennent rien.

Dans un message qu'il me laisse, sa voix grave m'assure "tu me manques beaucoup évidemment, ce n'est pas la peine de le dire".

Moi je trouve que c'est la peine, quand même.


Cette nuit je fais un cauchemar gigantesque en plusieurs parties. Je suis un serial killer qui dépèce ses victimes avec des ciseaux. Et puis je suis un inspecteur à sa recherche. Et puis je péris dans l'incendie d'un ascenceur transparent, en essayant de sauver des plantes en pot.

Je ne préfère pas chercher de signification à tout ça.



Adresse au printemps : dis, quand reviendras-tu ?




mardi 7 mai 2013

Vacances des animaux

Cinq jours qui ont semblé durer un mois, toujours à quelques mètres, maximum, des bras de Tigre. Nous avons vite pris l'habitude de nous endormir et de nous réveiller l'un contre l'autre. De laisser nos mains jouer ensemble dans la rue. De mordre nos nuques au soleil.
Nous n'avons pas su garder le secret quand il aurait fallu.
C'est pas ma faute, c'est ma bouche, c'est sa langue, c'est la peau.

Et puis rentrer à Paris, se dire salut, la violence de nos corps séparés jusqu'à quand on ne sait pas.
Horrible le manque les ongles qui brassent du vent et le lit qui ne sert plus à rien.

On s'occupe comme on peut, la vraie vie reprend ses droits, ses devoirs surtout.
Tigre et panthère chacun dans son coin.
C'est la fin des vacances des animaux.
Mais on s'en sortira comme toujours.
Tant que j'ai son parfum un peu partout sur le cœur.


jeudi 25 avril 2013

Le saviez-vous ?

Le briquet a été inventé plusieurs siècles avant l'allumette.
Le parachute a été inventé cent ans avant l'avion.
La conserve a été inventée soixante ans avant l'ouvre-boîte.


Odeur du soleil brûlant sur ma peau, sur les arbres, sur la terre et sur les Hommes.
Je sais que ça ne durera qu'aujourd'hui. On a tous regardé la météo.
Bloquée au Cube je trépigne les yeux noyés dans le ciel.
Un avion trace sa route vers le nord-ouest.
Les corps flottants se la donnent sur fond bleu.
Le vert nouveau des feuilles, cette couleur parfaite.


Hier soir, après cinq ans sans aucune nouvelle d'elle, j'aperçois Lou rue Racine.
Je panique et m'enfuis. Swan et Ji avec qui je suis m'aident à me calmer. Je ne sais pas pourquoi j'ai eu si peur, et pourquoi ensuite toute la soirée je ne pense qu'à elle.
"Jamais de ma vie je ne me remettrai de Lou", c'est quelque chose que j'avais écrit il y a longtemps.
Je ne le pense plus, maintenant. Je n'ai plus envie d'être hantée par elle, maintenant. Je n'ai plus le droit avec Tigre dans ma vie, maintenant.

J'aimerais être de nouveau hier rue Racine, m'approcher d'elle et lui faire la bise et rire de ce son clair des retrouvailles inattendues. Echanger des banalités. Lui présenter Swan et Ji, lui dire que tout va bien. Que je mets des robes, maintenant. Que j'aime un homme, maintenant. Que je me suis très bien remise d'elle.

Mais j'ai l'impression qu'on se remet plutôt mal de son premier amour.
Le saviez-vous ?




lundi 22 avril 2013

Lundi

Parfois le lundi matin est un peu lourd, on n'a pas le coeur masochiste à s'imposer des talons.
On met de petites chaussures plates et légères qui donnent l'impression d'être un chat. On sautille en marchant. On suit la ligne blanche de la piste cyclable en écartant un peu les bras pour garder l'équilibre (on ne sait pas ce qui nous attend si on marche à côté).
Les gens nous regardent. On se dit qu'on s'en fout.
J'aurai sept ans pendant longtemps.

Il ne fait pas si chaud. Dès qu'on est à l'ombre le corps se crispe.
Maudits soient ces immeubles construits entre le soleil et moi.

Maryv sur un trapèze samedi soir, ça m'a fait briller les yeux. La peur qu'elle tombe. La joie qu'elle sache voler.
Au retour la nuit dans la voiture, calée entre deux guitares je regarde la lune à moitié qui blanchit la campagne. Valentin choisit la musique. J'aime tout. Je voudrais que ce trajet dure des heures.
Je suis quand même contente d'arriver. Fatiguée. Je n'écris rien à Tigre de peur de le réveiller.
J'ai peur qu'il me déteste déjà. Il m'a dit que je serais mieux avec un jeune. Il m'a dit ça et je l'ai insulté.
Voilà où nous en sommes. A se dire des choses nulles parce qu'on s'aime.


Dimanche soleil au Lac, bruits de fête venus du Temple, odeurs de brochettes cambodgiennes.
Cris d'horreur depuis les manèges de la foire du trône. L'impression de bronzer près du lieu du crime.

Je lis Eugène Green.
Je bois cou tendu la vitamine D venue du ciel.

Je ne pense pas encore à la lourdeur du lundi matin qui viendra, j'ai les pieds nus dans l'herbe, au frais dans un présent éternel.
Je ne pense pas que lundi sera gris et que je ne serai pas assez couverte et que je boirai du thé brûlant.


Le sachet de thé, tellement de travail pour trente secondes dans l'eau chaude.





samedi 13 avril 2013

Lost



- Tu arrives à lire le panneau ?
- Rue de la fidélité.
- Ah, merde...